[Tribune] Assurance vie, les nouvelles vertus de la fidélité

5 mai 2021

La raison d’être du contrat d’assurance vie 100% en fonds euros est aujourd’hui remise en question. La masse de rendement à distribuer aux assurés s’est inexorablement réduite. Il faut donc revoir le paradigme de l’assurance vie en leur proposant un nouveau modèle. Le succès actuel des contrats d’assurance vie avec bonus de fidélité ouvre une voie prometteuse pour les épargnants français. L'analyse de Sylvain Coriat, membre du Comité Executif d'Allianz France en charge des Assurances de personnes.    

On le sait, l’assurance vie est le placement préféré des Français avec 1 900 milliards d’encours sous gestion dont 1300 milliards dans les contrats d’assurance vie en euros. Quatre grands principes expliquent son succès. D’abord, une collectivité d’assurés investit en commun, puis, ces investissements gérés en « bon père de famille », génèrent des produits financiers. On y soustrait ensuite les frais et le reste est partagé équitablement entre les assurés au prorata de leurs apports.  Enfin, la collectivité garantit à tous la liquidité des placements qui autorise chacun à se retirer du dispositif soit par opportunisme, soit par besoin, sans avoir à justifier de ses raisons. 

Ce dispositif offrait trois garanties : la performance des rendements et des coûts, la disponibilité à tout moment de l’épargne et la sécurité des sommes investies dont la valeur de rachat minimale est indiquée pour les huit années à venir.  Historiquement, le succès de ces produits financiers reposait essentiellement sur le fonds en euros, support financier sécuritaire largement plébiscité, mais, depuis plusieurs années, la donne change : on observe une baisse du taux de rendement des fonds en euros : il était de 5,30% au début des années 2000, autour de 2,30 % en 2015 et est tombé à 1,30 % en 2020. Misent en regard avec les frais prélevés (généralement 1%), ces performances baissières et l’absence de perspectives de remontée de ces taux ont remis en question le contrat d’assurance vie 100% en fonds euros. 

Le triptyque garantie des sommes investies, performance des rendements, liquidité des placements, doit donc être repensé.

Quelles sont les options devant nous ?

La première consiste à renoncer à la sécurité des placements et à massivement orienter les clients vers les placements en unités de compte. Ces placements investis sur tous les marchés (financiers, immobiliers, capital investissement) sont une brique indispensable qui permet à chaque client de choisir l’orientation de son épargne selon ses convictions, pour lui donner du sens. Ce mouvement au sein du contrat d’assurance vie doit mettre à disposition des supports d’investissement plus performants que ceux que l’assuré pourrait retenir sur un simple compte titre. Le contrat d’assurance vie doit notamment être la porte ouverte sur des conditions d’accès aux unités de compte que la collectivité des assurés a négocié collectivement. Il permettra ainsi de faire bloc face aux gestionnaires d’actifs pour obtenir d’eux les conditions qu’ils réservent habituellement à leurs meilleurs clients. 

La deuxième option consiste à accepter la baisse continue des rendements. Si certains s’en contentent, on peut se poser la question de l’intérêt d’aliéner durablement son épargne pour ne toucher qu’une rentabilité dévolue aux livrets réglementés. Dans cette logique, ce n’est pas la perspective client qui prime mais plutôt l’intérêt du maintien de l’assurance vie tant pour les finances publiques que pour la distribution large des fonds avec le label « France Relance » investis dans le soutien aux entreprises. 

La troisième option, développée dans certains pays européens mais qui changerait la nature du produit d’assurance vie français, vise à bloquer les fonds investis sauf motifs légitimes clairement établis, ou à supprimer toute garantie sur les conditions de sortie du contrat en cas de rachat anticipé. Le contrat « bloqué » existe en France et rencontre un vrai succès avec le Plan d’Epargne Retraite. La suppression de la valeur de rachat garantie avant le terme existe également dans le contrat Euro Croissance. Ce dernier constitue une réponse pour les clients qui sont prêts à renoncer complètement à toute garantie sur la valeur de rachat en contrepartie d’une garantie d’un encours minimum au terme du contrat entre 12 à 15 ans. Cependant, force est de constater qu’il ne rencontre pas le succès escompté à ce jour.

Une autre alternative rencontre actuellement un réel succès commercial : les contrats d’assurance vie avec bonus de fidélité. Prévus par le code des assurances, leur fonctionnement repose sur un mécanisme simple qui remonte aux origines de l’assurance : la tontine. Pendant une durée limitée à 5-6 ans, les intérêts générés par l’épargne sont placés dans un compartiment collectif identifié et distinct. Ceux qui procèdent à des rachats perdent leur part à ce bien commun. Les assurés restants se partagent non seulement l’ensemble des sommes qui ont été mises de côté, mais aussi la totalité des intérêts qu’elles ont généré. Cette dernière piste cumule de nombreux avantages pour les assurés. Premièrement, ils conservent une certitude de valeur de rachat à tout moment à un cours minimum connu à l’avance. Ils savent ce qu’ils perdent s’ils rachètent leur contrat et peuvent se décider en toute responsabilité. Des cas de rachat légitimes non pénalisants sont par ailleurs définis par la collectivité. Ensuite, ils ont une vraie perspective de rendement correspondant à la captation de la part des intérêts abandonnés par les assurés qui procèdent à un rachat. Enfin, les assurés restent ainsi une collectivité indissociable, avec une mutualité qui investit collectivement et qui définit ses règles du jeu en matière de partage des fruits de ces investissements.

Ce bonus de fidélité ne peut suffire à lui tout seul à générer des rendements vraiment attractifs dans la durée. Mais intelligemment couplé avec des unités de comptes, il permet de constituer un produit compréhensible (rachat possible à tout moment contre perte des intérêts), vertueux (seuls les rachats opportunistes sont pénalisés), flexible (l’assuré peut orienter son épargne comme il le souhaite) et collectif (les frais et les unités de comptes sont négociés en commun à des conditions attractives).

La fidélité semble bien être la porte d’entrée au paradis de l’épargne.

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